La vie intérieure de nos maisons.
Publié, il y a 26 ans , ce bel ouvrage montre à quel point le patrimoine se cache aussi à l’intérieur de nos maisons courdaises. Retrouvé dans un carton, il trône maintenant sur une table basse, devenu à son tour un décor patrimonial. Chacun y va de sa touche et de sa retouche du temps passé. Le patrimoine est vivant et éclaire le chemin de nos mémoires d’avenir. Un vieux verre, un pastel délavé, un ex-voto avec ses voiles sans vent…Les décors personnels en disent beaucoup sur nous-mêmes et nos temps révolus. La cheminée dans son jus d’antan chauffe l’hiver la mémoire de ceux qui ne sont plus. Le patrimoine de nos souvenirs donne de l’épaisseur à l’histoire de nos maisons de village.
Le patrimoine ne se limite donc pas aux façades classées, au clocher de notre église ou aux paysages protégés. Il habite aussi, et peut-être surtout, l’intérieur de nos maisons.
Cette évidence, le livre Le Style île de Ré de Philippe Saharoff et Chrystel Guene, publié en 2000, l’année du siècle nouveau, le célèbre avec une grâce discrète. Sous le titre en lettres élégantes, une scène d’une simplicité parfaite : une bicyclette appuyée contre le mur blanc, un chapeau de paille suspendu au guidon, une table dressée sous un auvent de tuiles, des chaises pliantes en bois clair, un panier de fleurs, des assiettes et des verres qui attendent. Le vrai souvenir est celui qui n’attend rien et semble posé pour l’éternité.
Rien de spectaculaire. Tout de l’essentiel. Rien de clinquant. Tout de l’importance. Car le goût du cœur est le plus court chemin vers l’élégance.
Voici le patrimoine vivant ! Non celui que l’on visite en silence, mais celui que l’on habite chaque jour. Les murs chaulés, les volets verts, le linge qui sèche, le jardin qui s’invite jusqu’à la table… Ces détails ne sont pas de simples choix décoratifs. Ils forment un langage transmis, une manière d’être au monde propre d’une île, à une lumière, à un rythme de vie. Un langage transmit par les générations précédentes où chaque objet célèbre l’opéra rétais, toujours recomposé.
Décorer, ici, n’est pas une mode. C’est une continuité. C’est refuser que le patrimoine s’arrête au seuil de la porte. C’est comprendre que la mémoire d’un lieu se prolonge dans le salon, dans la cuisine, dans la chambre, dans la façon dont on dispose une chaise, dont on choisit une nappe rayée, dont on laisse le temps s’installer sans le chasser.
L’Île de Ré, comme tant d’autres territoires, nous rappelle que le patrimoine n’est pas seulement ce que l’on protège derrière des grilles. Il est aussi ce que l’on touche, ce que l’on utilise, ce que l’on transmet sans même y penser, ce que l’on respire aussi avec respect : les yeux deviennent phare où le halo fait briller les mémoires. Et puis aussi, une atmosphère, une lumière filtrée, un art de recevoir, une élégance sans ostentation. Une tonnelle aux grappes lourdes , bourdonnante d’abeilles sous un ciel tranquillement azuréen.
Ainsi, le vrai héritage n’est pas toujours monumental. Il peut être quotidien, intime, presque invisible. Il se trouve dans nos intérieurs Couardais où le passé ne se contemple pas: il se vit.
ERE

